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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 21:39

[Suite de REGARD DE MILITANTE SUR UNE MANIF’, 1/ et REGARD DE MILITANTE SUR UNE MANIF’, 2/]

 

Ceci n'est pas un billet qui brosse dans le sens du poil. Qu'on se le dise ! Mais il se veut constructif. Et reste, bien évidemment, et comme son titre l'indique, très très subjectif et partial !

 

Je suis assez à l’aise pour tracter. Mon but est que le maximum de personnes puissent prendre connaissance des raisons de la manifestation, et y réfléchir calmement. Rien ne sert de palabrer des heures avec Untel, cela fait louper des tas d’occasions d’en informer d’autres.
Ainsi, j’aborde les passants par un simple « Bonjour » très souriant, pour les mettre à l’aise, tout en leur tendant fermement la pétition, avant de déjà chercher une autre personne.

 

Certains me remercient chaleureusement, certains même viennent spontanément à moi pour obtenir le tract, certains encore en profitent pour me féliciter.


NMDP2011-46

Une passante végétarienne, qui souhaite des tracts pour en distribuer à son entourage.
Je lui remets un patchwork de documents. Photo : Lorenzo.

D’autres prennent le papier avec mépris, en évitant mon regard.
D’autres le refusent sans un mot, ou encore, me décochent un soupir exaspéré.

 

D’autres ont des questions, parfois sincères, parfois juste dans le but de ridiculiser notre mouvement et de me montrer qu’eux détiennent le savoir sur ce qu’il est bien ou au contraire aberrant de faire. Il faut leur répondre, sans quoi ils ne souhaitent pas lire le tract. Je leur réponds brièvement, parce que je sais que comme d’habitude, les questions et les réponses vont en appeler d’autres, et je n’ai pas de temps à perdre, vraiment pas : chaque instant vaut de l’or, lorsqu’on se bat pour une cause aussi difficile que celle des animaux d’élevage.
Les objections qu’on m’oppose sont presque toujours les mêmes :
- Et les légumes ? » Dans ce cas, j'offre à mon interlocuteur un point carotte, en le félicitant d’avoir gagné au jeu des Points carotte. J’en ai distribué 3, samedi dernier. Vous ignorez de quoi je parle ? Réponse dans mon livre, ou sur le site d'Insolente !
- J’aime trop la viande. » Je réponds que je comprends, puisque moi aussi j’en appréciais le goût, mais également, que ce n’est pas le problème. Et je réinvite la personne à lire le tract.
- Mais on a besoin de viande, de protéines, mais on fait ça depuis la nuit des temps, ou tout autre question : selon la personne, je tente ou non une réponse, avant de montrer le lien sur le tract, expliquant que le moment ne permet pas de développer le sujet, mais qu’il l’est sur le site.
Un type me hurle que c’est une honte, de s’occuper d’une cause aussi futile, quand on pense aux humains qui meurent de faim !!! À celui-ci, je souhaite répondre que justement… mais il ne me laisse pas l’occasion une seconde de lui donner mon avis - ou plutôt, celui des scientifiques qui se sont penchés sur la question : ce monsieur n’a  absolument rien à apprendre de moi.
Un autre, bien plus original - perso, c'est la première fois qu'on me la sort, celle-là  !...- déclame sur un ton hargneux, apparemment pour que toute la file d'attente dans laquelle il se trouve profite bien de ses paroles, que « C’est même pas français, abolition de la viande ! Faudrait déjà apprendre à parler français ! Abolir un objet, ça n’existe pas ! » Je m'entends lui rétorquer que je suis orthophoniste [avec, je l'avoue, le désagréable sentiment de lui servir un contre-argument aussi fat que lui], et que la viande avant de s’appeler ainsi est un être vivant, pas un objet, tout en continuant à tracter et en m’éloignant du suffisant personnage. Plus tard chez Copinette, on vérifiera tout de même dans le dico : le type avait tort. Ouf !

 

Parfois je me sens très seule voire même en colère contre mes collègues militants. Parce qu’ils arrivent en retard à la manif’, parce qu’ils prennent quand même le temps de  bavarder avec les copains, parce que celle-ci me répond qu’elle a décidé de ne pas tracter (alors qu’elle est hyperdouée pour cela), car elle ne veut pas avoir froid aux mains.
C’est vrai qu’il fait un temps glacial. C’est vrai qu’on ne peut tracter avec des gants : très ardu, alors, de se saisir des tracts un par un. Ceci dit, lorsque les doigts à nu finissent par être gelés, cela devient très pénible, aussi.

Il ne faut pas que j’exagère, non plus : la plupart de mes camarades se démènent et jouent un rôle très actif dans la manifestation. Mais je dois dire que je supporte de moins en moins que de tels événements se déroulent pour un certain nombre comme une sympathique randonnée : on blablate avec les collègues, on rigole, on ne cherche pas les occasions de montrer ses pancartes aux consommateurs de telle terrasse – il suffirait pourtant de se tourner alors vers eux. Parfois on en oublie même de brandir sa pancarte, qui pend lamentablement contre soi, invisible de personne. On en oublie pourquoi on est là, on en efface les animaux qui eux, aimeraient sûrement mille fois mieux se geler les doigts dans un air hivernal que croupir dans une atmosphère viciée, avec pour seule issue la mort.

 

Il y a de belles surprises, cependant. Telle cette jeune femme qui, nous ayant vus, est descendue en toute hâte du bus qui devait l’emmener à sa séance de cinéma, et m’a abordée. Pour me dire sa joie de rencontrer d’autres personnes qui pensent comme elle ! Elle ignorait qu’une telle manifestation puisse exister ! Bientôt elle me prend des tracts. Elle tracte à son tour. Elle restera avec nous jusqu’au bout.

 

Parfois moi aussi, j'en viens à parler avec des collègues. Nous échangeons nos réparties, dans telle ou telle situation, et rions de concert.
- Il est bien coupé, votre manteau ; on ne voit même pas les cicatrices ! » balance Brigitte aux porteuses de fourrures.
- Mes condoléances ! » s'exclame, quant à elle, Francine. Ce à quoi la personne  visée demande pourquoi des condoléances. Réponse : « Vous revenez de l’enterrement, non ? »
- Un corbillard qui passait dans le brouillard… » préfère chanter Alexandra.
- Vous avez du sang sur vous ! » s’exclame une autre, au grand dam de la fourrurophile soudain paniquée.

 

Mais on discute aussi de la manif’ elle-même. On en arrive à la même conclusion : ça ne va pas, cette absence de slogans, de haut-parleur. Les slogans fédèrent, font vibrer à l’unisson, maintiennent l’esprit vers la cause qu’il défend. Le haut-parleur empêche les conversations intimes, les phrases de divaguer. Voilà, aussi, le problème. Les affiches, le visuel sont parfaits ou presque, mais il manque, à l'évidence, le son. Il est vrai que nous sommes accompagnés de musiciens. Mais ce n’est pas pareil. Et puis, de longues périodes s’écoulent sans les entendre. Et enfin, le choix de la musique me semble  étonnant, parfois. Des sons aigus cadrent-ils avec le message lourd que nous devons faire passer ?
Il est vrai que nous devions être scindés en deux : ceux qui symbolisent les animaux esclaves, tristes et vêtus de noir ; ceux qui représentent les  végétaux, aux habits vivement colorés. Il est important, en effet, de proposer une solution, une alternative séduisante à la viande : le végéta*isme, joyeux et facile. Mais presque tout le monde est en noir…
Difficile voire impossible de dénombrer préalablement les gens qui participeront, et d'obtenir des réponses pour savoir qui jouera quel rôle... C'est toujours le même problème, m'explique Nathalie... En tout cas, il faudrait pouvoir donner, ou plutôt redonner, un mot d'ordre sur place, au tout début de la manif'. Au moins pour celles et ceux qui sont ponctuels...


NMDP2011-25.jpgPhoto : Lorenzo.

 

Copinette suggère de revenir à la définition de manifestation. Copinette aime bien revenir à l’essentiel. Oui, c’est cela : il faudrait revenir à cela. Une manifestation.

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commentaires

Sandrine 07/02/2011 19:57


Merci beaucoup pour ce commentaire plein de bon sens ^^

Parfois j'oublie mon humour et la contre-objection que vous proposez était bien mieux adaptée qu'un long laïus explicatif, c'est clair ! Mais parfois aussi il me semble impossible / inutile de
répondre, tellement l'autre se positionne comme hermétique.

Concernant le tractage, moi aussi je trouve important de discuter, ça dépend en fait de l'objectif poursuivi et des conditions de la manif'. Là, souvent on marchait, et de plus, il y avait
tellement de passage que j'ai souhaité privilégié la quantité... Il y avait par ailleurs, à St Michel, une table d'info-dégustation, l'endroit propice pour échanger plus longuement ;o)


azer 06/02/2011 22:58


Quel militant n'a jamais entendu le " vous feriez mieux de vous occuper des enfants qui meurent de faim " !
Si le temps n'était pas compté , on demanderait à l'adepte de la hiérarchisation des causes de préciser les critères retenus pour établir un classement . Comme le plus important est à ses yeux le
caractère humain/non-humain , on demanderait alors , se cantonnant au premier , quelle est la cause prioritaire entre le réchauffement climatique , la prolifération nucléaire et l'intégrisme
religieux . Plus rapidement , on peut répondre " Comme je ne doute pas un instant que vous défendez les causes dont vous me reprochez de ne pas m'occuper , tenez-moi au courant de votre prochaine
action afin que je puisse y participer ! "
Satisfait ou remboursé :)

Concernant le temps qu'on consacre à ceux qu'on aborde , je suis moins partisan de la " cadence infernale " automatique. Discuter avec quelqu'un sensible à la cause animale permet ( parfois , pas
systématiquement ) de recruter un futur militant , ce qui n'est pas du luxe là où j'habite . Lors de la récente tournée de L214 , c'est un membre de Peta , seul dans son coin , qui m'a proposé de
me laisser son mail afin de mener des actions ensemble .

On peut distribuer des tracts en dehors d'une manif , et même sans aborder quelqu'un , il suffit d'en laisser dans les laveries , aux arrêts de bus ,sur le siège d'un bus ou d'un train, dans les
salles d'attentes ( de gare , de medecin , de Caf etc ). Il existe des moyens d'action pour les doigts sensible et les timides :)


Sandrine 05/02/2011 09:32


Bah puisque vous poursuivez le « débat », juste quelques précisions, alors ;o)
- Coralie : perso, je suis restée très longtemps sans remanifester, après ma 1ère marche militante, dégoûtée par le côté mou du genou, ne me reconnaissant pas dans un mouvement qui ne savait
défendre ses idées. Cela pour dire que, si les deux nanas au portable ne reviennent pas, d’autres personnes, en revanche très motivées, pourraient bien aussi cesser de gaspiller leur temps à
marcher dans la rue pour des clopinettes. Par ailleurs, le grand militant Henry Spira, qui refusait d’aller aux manifs de masse, a accompli beaucoup d’actions brillantes. Comme l’exprime si bien
Alexandra, « L'important n'est pas de se montrer, mais d'être là dans le sens d'habiter vraiment l'instant présent ! » Qu’on soit seul, en petit groupe ou en très grand groupe.
- Gilles / PVD : mon stand était là aussi pour faire la promo du véganisme et de L214 (tracts, badges, sacs) et du futur roman antispéciste de Denise Allemand (flyer).
- Christophe / stratégies efficaces : je suis d’accord avec toi sauf sur ce point : montrer l’horreur de la réalité me paraît nécessaire. Perso je partage la vision d’Erik Marcus et de ses 4
stratégies complémentaires et indispensables ; c’est aussi pour cela que je suis adhérente à L214, qui la partage aussi.
- Tous les thèmes abordés dans les com’ sont largement développés dans mon livre…
- Nath, quel laïus ! Et sinon : OUI, tout bientôt :o))))


Nathalie 05/02/2011 09:01


Je ne veux pas réattiser le feu mais quand même, je suis indignée par certains messages lapidaires que je viens de lire ! Moi qui ai un mal fou à te voir à cause de ton engagement militant, je
trouve ça dur de café que celui-ci soit mis en doute par "ce monsieur". Donc je veux juste préciser ceci, non pour défendre ma petite Sandrine, qui n'en a pas besoin car elle est suffisamment
costaud pour ça, mais pour rétablir ce qui appartient à César : Sandrine milite TOUT LE TEMPS, de tas de façons : elle distribue des tracts en allant au travail et même en se baladant, colle des
autocollants, organise des débats chez elle pour les non-initiés, se bat pour son groupe des "végolos", a travaillé d'arrache-pied depuis des mois sur son livre consacré à la cause animale, sans
compter les manifs et d'autres choses que j'ignore sûrement. Elle a "converti", depuis plus de 2 ans que je la connais, plein de gens au végétarisme. Dont moi-même ! Dont son éditeur !!!!!!!
Voilà, c'est dit.
A part ça, j'espère te voir bientôt, maintenant que les corrections sont enfin finies ! :-))
Nath


christophe 04/02/2011 20:26


Tous les avis sont intéressants.

Mettons-nous svp à la place des gens qui croisent une manif. Avec dans le cortège, des revendications radicales pour eux. Des panneaux gores, des slogans agressifs, des militants souvent tout de
noir vêtus et tristounets etc.
Aurions-nous envie de changer ?...

Toute propagande, à fortiori qui peut sembler extrême car remettant en cause beaucoup de comportements, doit avoir une présentation agréable pour le public. Bien sûr, certains se convertiront après
avoir été choqués. Mais en général, pour amener les gens au changement, il faut leur donner envie !
Pour cela, pédagogie et psychologie sont nécessaires dans le militantisme. De même que fun, à la Veganesh par exemple.

Merci pour ton blog chère Sandrine.


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